Faut-il adopter l’AMP pour ses sites webs ?

Les internautes utilisent de plus en plus souvent leur téléphone mobile. Le web devient de ce fait de moins en moins attractif car les sites internet classiques sont trop lents et sont concurrencés par les applications. Comment faire revenir les utilisateurs de smartphone sur le web ? Pour Google cela passe par le projet AMP.

Mise à jour septembre 2017 : les pages de ce sites sont désormais disponible également au format AMP . Vous pouvez lire la version AMP de cette article ici. Voir la dernière section de l’article pour les explications.

J’ai renoncé en octobre 2017. Voir la fin de l’article.

Le contexte : une utilisation croissante des smartphones

Plus de 50 % des visites proviennent de terminaux mobiles

Selon une étude  du cabinet Deloitte, 50 % des Français de plus de 11 ans possèdent un smartphone et la moitié des 18-24 ans le consultent jusqu’à 50 fois par jour. 34 % des Français utilisent toujours très souvent dans smartphone au travail et 72 % des 18-24 ans en marchant.

Conséquence : les internautes utilisent de moins en moins leur ordinateur de bureau pour consommer du contenu sur Internet. Plus de 40 % des visites proviendraient de smartphone, les 10 % de connexion restantes proviendraient des tablettes.

Les sites internet ont dû s’adapter aux mobiles

En raison de l’augmentation du trafic mobile, les sites Web ont dû évoluer. Soit en proposant un site mobile séparé, soit en conservant un seul site mais en modifiant l’affichage. Dans ce dernier cas, la méthode la plus simple consiste à utiliser un affichage adaptatif (responsive design), qui offrent un contenu à peu près unique, mais s’adaptant à tous les types d’écran.

Google pénalise désormais sévèrement les sites qui ne s’affichent pas correctement sur les mobiles depuis une mise à jour d’avril 2015 appelé ironiquement Mobilegeddon par la communauté du référencement.
Désormais la règle pour la construction d’un site est le mobile first, c’est-à-dire que l’on doit concevoir le site en priorité pour les mobiles. Un web évangéliste comme Brian Solis va jusqu’à parler de mobile only (seulement pour les mobiles)

Une optimisation insuffisante ?

Cependant, malgré le responsive design, qui a fortement amélioré l’expérience utilisateur, un paramètre a été longtemps insuffisamment pris en compte : le temps de chargement.

Même si l’essor des mobiles a conduit les administrateurs de sites à opérer une cure d’amaigrissement, beaucoup de sites sont encore très longs à charger (requêtes http multiples, trop de librairies JavaScript, de CSS, images trop lourdes etc.), surtout en ce qui concerne les connexions mobiles via la 3G.

D’après Google, 29% des utilisateurs de smartphones vont changer immédiatement de site s’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, dans 70% des cas la cause est le temps de chargement trop long.

Source : https://www.thinkwithgoogle.com/articles/speed-is-key-optimize-your-mobile-experience.html

Et être trop lent c’est manquer une occasion de satisfaire le consommateur lors d’un micro-moment.

Les internautes consultent de plus en plus souvent les applications mobiles

D’après eMarketer, les utilisateurs de smartphones américains passeront 3,8 fois plus de temps (soit 74%) sur une application mobile que sur le Web.

Une double menace pour le Web

Si l’on résume ce qui a été dit plus haut on constate que la consultation du Web classique (les pages en html, consultées depuis un navigateur, telle que celle que vous lisez actuellement) est menacée par :

  • Une baisse de la qualité de l’expérience utilisateur du web due à l’accroissement du trafic des smartphones
  • Une concurrence directe des applications qui sont optimisées pour donner la meilleure expérience utilisateur possible
La menace Facebook

Afin de retenir captifs les internautes, Facebook a eu une idée de génie : convaincre les producteurs de contenus (par exemple les grands médias comme le Figaro, CNN etc.) de publier celui-ci directement sur Facebook avec comme contrepartie, une excellente expérience utilisateur : ce sont les fameux articles instantanés, qui seront disponibles en France au mois d’avril 2016.

Un temps de chargement raccourci pour les internautes, mais un risque de perte de contrôle pour le producteur. Ceci est un autre sujet, j’y reviendrai sans doute dans un autre article

Des chiffres à relativiser

Attention les chiffres donnés plus haut sont des chiffres globaux, en réalité le pourcentage de connexions mobiles dépend du type de contenu que vous offrez et donc de la qualité de votre audience, notamment de son âge.

Si vous disposez déjà d’un site Internet, vous devez consulter les statistiques de votre site pour faire votre propre idée. Par exemple, pour l’un de mes sites qui propose du contenu à lire à tête reposée, constitué de longs articles, Google Analytics me donne les statistiques suivantes pour le mois de mars 2016 : ordinateur de bureau 70 %, téléphone mobile 18 %, tablette 12 %. Il faut bien évidemment analyser plus en profondeur, regarder le taux de rebond etc.

Toujours selon l’étude du cabinet Deloitte, «la connexion via le Wifi est plus souvent utilisée à domicile qu’en extérieur. 78% des détenteurs d’un smartphone le connectent au Wifi à domicile, contre 33% en extérieur. L’écart est encore plus marqué pour les tablettes (petit ou grand format) : 94% utilisent le Wifi à domicile contre 27% en extérieur ».

Il faut donc relativiser les chiffres globaux : pour un site donné, les connexions sur un smartphone en 3G/4G peuvent représenter 50 % des visites, pour un autre 10 %. Essayez de mieux connaitre votre audience, avant d’envisager de modifier votre site dans la précipitation.

Revenons au cœur du problème : comment le web peut-il survivre à l’essor des applications dans un contexte d’accroissement du trafic mobile ? Google a sa petite idée.

La réponse de Google : l’AMP

Le raisonnement de Google est simple : il faut que l’expérience utilisateur du possesseur de smartphone soit aussi agréable sur le Web que dans une application.

Il faut donc raccourcir drastiquement le temps de chargement des pages et la fluidité de la navigation sur Internet : c’est le projet AMP (Accelerated Mobile Pages Project.

Il ne s’agit pas de remplacer un site en html (même la version mobile) par une version AMP, mais d’offrir la possibilité aux mobinautes d’accéder à une page AMP depuis les résultats de recherche pour mobile.

Il ne faut surtout pas convertir intégralement son site en AMP (par exemple tout un site mobile) car ce standard est précaire et pas forcément reconnu par les autres moteurs de recherche que Google. Il faut proposer les pages AMP en plus de la version standard.

Il n’y a pas de risque de contenu dupliqué s’il y a lien vers les pages canoniques dans les méta tags, depuis les pages AMP et inversement.

Qu’est-ce que l’AMP ?

Il s’agit d’un cadre permettant de créer des pages Web statiques utilisant :

  • Un sous ensemble du langage html appelé AMP html
  • Une librairie JavaScript allégée AMP JS
  • Un système de cache Google AMP Cache

Note pour ceux qui ne sont pas familiers des technologies du web : html est le langage de description de page web qui permet de mettre un mot en gras, de créer un tableau etc. Le JavaScript est un langage de programmation utilisé par le navigateur, qui doit donc être chargé à chaque connexion… sauf s’il est mis en cache, c’est-à-dire stocké dans un coin du smartphone. Ici le cache de Google désigne encore autre chose.

De très nombreux sites Internet sont dynamiques, c’est-à-dire que le contenu est généré à la volée par le serveur en fonction de la requête de l’internaute. En réalité les serveurs disposent eux-mêmes des systèmes de cache qui mettent en mémoire les pages les plus fréquemment consultées.

Malgré les cache des serveurs et des navigateurs on constate fréquemment des temps de chargement supérieur à la seconde, même sur un PC de bureau connecté en wifi ou Ethernet ; en 3G on atteint souvent les dix secondes. Or les applications et Facebook propose des temps de chargement quasi-instantanés.

Le système de cache de Google est basé sur ses propres serveurs : Google récupère le contenu de votre site en AMP, le duplique sur ses serveurs, et délivre les pages à l’internaute en une seule requête http.

Tout est fait pour accélérer le chargement : la mise en forme et charger avant le contenu, les scripts sont chargés de manière asynchrone et ne peuvent en aucun cas ralentir l’affichage de la page, les CSS (feuilles de style) sont chargés dans la page et pas via une requête http supplémentaires etc.

Des limitations imposées aux sites

  • Les iframe (portions de sites externes) ne peuvent être qu’en https (communication cryptées)
  • Les vidéos stockées sur votre serveur doivent être compatibles avec l’html5, c’est-à-dire en mp4 et pas en flash
  • En ce qui concerne les « tierces parties », on peut afficher des vidéos de Facebook ou YouTube mais pas de Vimeo ou Dailymotion
  • Les régies publicitaires autorisées sont limitées liste ici

 

Les pages AMP seront-elles favorisées ?

À l’heure actuelle (mars 2016) c’est très probable. Google peut se contenter d’ajouter un pictogramme dans les résultats de recherche, mais devrait vraisemblablement faire remonter les résultats des sites comportant des pages AMP, ce qui reviendra à déclasser les autres…

Reproches et critiques

Un standard imposé par la force…

Tout d’abord qu’est-ce que c’est que ce standard créé en dehors du W3C (voir le site français du W3C ), l’organisme chargé d’établir les standards du web (html, xhtml etc.) ?

Avec sa puissance et sa situation de monopole de fait, Google est sans doute en capacité d’imposer ce standard, mais ce n’est pas parce que l’on peut faire quelque chose que l’on doit le faire.

…et dans la précipitation ?

Pourquoi ne pas avoir demandé aux éditeurs de CMS comme WordPress de concevoir des thèmes utilisant moins de JavaScript et moins de requêtes http ? Cela aurait été sans doute plus simple, mais Google n’aurait pas eu le même contrôle sur le résultat final.

Une évolution inquiétante

Je remarque une évolution inquiétante : Facebook et Google veulent être l’Internet à eux tout seul ; Facebook en faisant sorte que personne ne sorte de son application mobile, Google en proposant littéralement de dupliquer l’Internet mobile sur ses CDN (ses serveur de contenu).

Dans les deux cas, leur contrôle sur le contenu et la publicité s’en trouve accru et la liberté des éditeur est menacé. Mais peut-on vraiment encore se qualifier d’éditeur lorsque l’on ne contrôle pas son contenu ?

Les articles instantanés me paraissent, cela-dit, bien plus problématiques que l’AMP, qui est peut-être un moindre mal. Il est cependant nécessaire d’être prudent voire méfiant devant la volonté des GAFA de contrôler notre contenu. Voir mon article sur la nécessité de garder le contrôle sur son contenu.

Des recommandations contradictoires

Pourquoi bassiner les webmasters pendant des années avec le responsive design, que l’on disait être le meilleur compromis entre optimisation du référencement et expérience utilisateur, pour affirmer plus tard qu’il faut créer des pages spéciales pour les mobiles ?

Si cela vous semble illogique, c’est que la logique est ailleurs.

Améliorer son site sans utiliser l’AMP

Un site statique avec une seule feuille de style et une librairie JavaScript réduite peut se charger très vite, même s’il est rédigé en HTML 5 et pas en AMP. Dans ce cas les lenteurs constatées proviennent soit de la taille excessive des images, soit du temps de réponse du serveur.

En ce qui concerne CMS comme WordPress, quelques optimisations faciles à mettre en place permettent d’améliorer sensiblement la vitesse : supprimer les extensions inutiles, vérifier que la compression fonctionne, et surtout modifier le fichier htaccess pour activer la mise en cache dans le navigateur. Il existe également des extensions conçues pour améliorer le système de cache.

Mon site se charge en une seconde sur un PC. Est-ce grave ?

Admettons que la page se charge en environ une seconde – ce qui est le cas de ce site, quand le serveur partagé fatigue – loin des 200ms annoncées par les partisans de l’AMP, est-ce si grave ? Non. Mais cela n’est possible généralement qu’en Wifi ou Ethernet. En 3G il faudra attendre 10 secondes voire plus pour les images.

Sauf que… la France est en train de passer doucement à la 4G qui est deux fois plus rapide que le H+ et 15 fois plus que la 3G des débuts.

Au final, faut-il adopter l’AMP ?

La promesse d’une mise en avant dans les résultats de recherche sous mobile est tentante.  Si vous avez confiance dans Google, vous pouvez toujours essayer du moment que cela ne représente pas un investissement trop important. Sous WordPress c’est un jeu d’enfant.

Il faudra vous assurer que la version AMP ne fait pas disparaitre des éléments importants (ex :inscription à une newsletter)

Mise à jour septembre 2017 : je suis passé à l’AMP . Comme ce site est sous WordPress, il suffit d’installer le plugin d’Automattic, et les pages AMP, ainsi que les métas tags (qui font le lien entre pages canoniques et pages AMP) sont générées automatiquement.

Un méta tag signale l’existence des pages AMP à Google, qui les référencera automatiquement. Pas besoin de générer un Sitemap séparé.

Méta tag généré automatiquement pour cette page:

<link rel="amphtml" href="https://theatos.fr/wordpress/amp-sites/amp/"

Pour que Yoast fonctionne correctement, j’utilise le plugin Glue for Yoast SEO & AMP.

Pour voir l’impact de la recherche dans la Search Console (Google Webmaster Tools) il faut utiliser le filtre prédéfini dans Analyse de la recherche> Apparence.

Mise à jour d’octobre 2017

Le parserAMP est incompatible avec le plugin Book Review que j’utilise pour les critiques livres. Je pourrais créer un script Jason et ajouter les mentions meta de schema.org manuellement, mais non. Étant donné que je n’attendais pas grands chose de l’AMP et que mon site n’est pas si lourd que cela, je préfère renoncer d’autant plus que je préfère garder le contrôle de mon contenu.

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