Faut-il supprimer Wikipédia, le vampire du net ?

Wikipédia occupe une place prépondérante dans les résultats des moteurs de recherche au point d’être devenu un vrai cauchemar pour les  les éditeurs de site web et les référenceurs. Conséquences : baisse des ressources des autres sites et menace sur la diversité de l’information. C’est d’autant plus dommage que le concept d’encyclopédie collaborative universelle est complètement crétin…

Wikipédia en tête des résultats de recherche. Le cauchemar de votre SEO

Tapez n’importe quel mot clé dans votre moteur de recherche favori ; il y a fort à parier que le résultat qui arrive en tête soit issu de Wikipédia, la célèbre encyclopédie collaborative.

Lorsque l’on effectue par exemple une recherche sur le mot-clef « SERP »  (acronyme signifiant « Page de résultat des moteurs de recherche » ) dans Google, les 3 premiers résultats sont issus de Wikipédia (cf ci-dessous). Cet article de Wikipédia est une sorte de catalogue sans grand intérêt, et l’on doit aller en page 5 ou 6 de Google pour trouver des articles ayant un peu plus de substance.

wikipedia serps

Faites le test vous-même sur plusieurs mots-clés : Wikipédia est toujours très bien placée même lorsque l’article est peu fourni et/ou de (très ) mauvaise qualité.  On ne peut pas reprocher à Google de ne pas être en mesure d’apprécier la qualité intrinsèque d’un article, mais on peut s’interroger sur la présence d’articles rachitiques et merdiques en têtes des SERPS.

Pour expliquer cette prédominance de Wikipédia, lorsqu’elle se manifeste, on peut émettre quelques hypothèses :

– Wikipédia possède une forte « autorité », qui se répercute sur toutes les pages

– L’article est ancien et/ou bénéficie de beaucoup de liens entrants (backlincks)

– Google suppose que Wikipédia fournit toujours une réponse encyclopédique, neutre, de qualité ET que c’est ce que recherche l’internaute.

Wikipédia, le vampire du net

Wikipedia, pour limiter les ajouts de liens abusifs a mis tous se liens externes en nofollow, c’est à dire qu’elle n’envoie aucun signal positif aux moteurs pour remonter les autres sites dans les résultats de recherche. En d’autres termes, Wikipedia aspire le sang des sites qui font des liens vers elle et n’en redistribue aucune goutte dans notre intérêt. Comme c’est commode…

Il faut aussi ajouter que depuis le lancement du Knowledge Graph par Google, la plupart des données de contextualisation des requêtes sont puisées dans… Wikipédia.

Le taux de clic est fortement lié à la positions sur la page des résultats de recherche. Si l’on en croit un article du Journal du Net, qui résume une étude de la société Synodiance, les 3  premières positions positions récoltent respectivement 36%, 33%, et 21 %  des clics soit 80%.

La présence quasi systématique de Wikipedia en tête des SERPS  réduit  fortement le trafic vers les autres sites.

Comme le trafic non-payé par la publicité issu des moteurs de recherche (trafic organique) constitue la principale source de visites pour la plupart des sites web, la position occupée dans les résultats de recherche est absolument déterminante pour leur survie.

Quand le gratuit détruit de la valeur

Wikipédia étant un formidable aspirateur de trafic, son existence et/ou sa mise en valeur exagérée par Google fait baisser les rentrées financières des producteurs de contenu indépendants et contribue donc à la baisse de la diversité et de la qualité de l’information.

On a pu penser naïvement qu’offrir du contenu gratuitement sans rémunérer les auteurs constituait une avancée pour la civilisation, mais maintenant que Wikipédia a atteint une position dominante au point d’étouffer toute concurrence – avec un contenu souvent médiocre de surcroit- comment peut-on envisager sérieusement que l’internaute en sorte gagnant ?

Car ce ne sont pas seulement les encyclopédies Universalis, Larousse, Britannica, etc. qui pâtissent de la mise à mal de leur modèle économique ; ce sont beaucoup de sites indépendants sur l’histoire, la musique, l’art, les sciences, qui voient leur audience grignotée par le vampire du net.

On pourra objecter que si Wikipédia arrive en tête sur de nombreux sujets c’est qu’il n’y a pas de concurrence. Mais il faut peut être retourner le raisonnement : en diminuant les rentrées financières des producteurs de contenu, Wikipedia conduit ceux-ci  à diminuer leur production éditoriale.

Il ne faut pas oublier que l’alternative à Wikipédia n’est pas constituée uniquement d’abonnements payants ; de nombreux sites proposent une information de qualité, gratuite pour l’internaute, mais financée par la publicité.

L’impossible neutralité du collaboratif

La prédominance de Google pose en elle-même un problème d’uniformisation du regard sur le monde, mais l’idée qu’une encyclopédie gérée dans une certaine opacité par des modérateurs dont on ne connaît ni le nom ni les orientations politiques et idéologiques, devienne la référence pour l’internaute moyen, tout en écrasant la concurrence, est également problématique.

L’idée d’une encyclopédie collaborative universelle et neutre est absurde et stupide.

L’objectivité est un but lointain, incertain et sans doute inaccessible, chacun étant habité par des représentations qui colorent sa perception de la réalité et influencent ses jugements, etc. Pas la peine de s’étendre là-dessus. Les articles signés par des auteurs ayant un nom et un prénom, s’ils ne sont jamais totalement objectifs, nous délivrent en tous cas de l’illusion de l’information neutre, type Wikipédia ou AFP.

L’objectivité ne peut non plus être atteinte par l’anonymat et la multiplication des contributeurs.

D’une part parce que la vérité (c’est à dire l’adéquation entre un énoncé et la réalité) sur un sujet quelconque ne peut pas résulter d’une synthèse arithmétique entre des contributions multiples de qualités inégales et aux points de vue parfois irréconciliables, d’autre part parce que les modérateurs anonymes de Wikipédia veillent au grain pour imposer leur vision du monde : les sujets polémiques sont verrouillés et figés dans une fausse neutralité bien plus dangereuse que le parti-pris assumé.

L’objectivité introuvable des encyclopédies traditionnelles est beaucoup moins problématique, dans la mesure où celles-ci sont en situation de concurrence et sont rédigées par des auteurs clairement identifiés.

Osons commettre un sacrilège et disons le tout net : la prédominance de Wikipédia joue actuellement un rôle néfaste dans l’économie de la connaissance.

Que conserver de Wikipédia ?

Les wikis de taille réduite, à la ligne éditorial claire et réalisés par des équipes restreintes sont bien plus intéressants et utiles à la pluralité des opinions que l’imposture Wikipedia.

La meilleure part de Wikipédia se situe à mon avis dans la mise à disposition de documents, de textes, d’images appartenant au domaine public grâce aux projets Wikimedia Commons et Wiki Source à condition que cela ne tue pas dans l’œuf des projets similaires…

Qui est coupable : Google ou Wikipédia ?

Si Wikipedia truste la première place des SERPS, c’est parce que Google le veut bien. Il faudrait donc que Google modifie ses algorithmes et diminue fortement l’autorité de l’encyclopédie collaborative ou sorte carrément les résultats issus de Wikipédia du flux des résultats de recherche, pour les placer dans un espace dédié, s’il souhaite lui conserver une place à part.

Les fondateurs de l’encyclopédie collaborative devraient également comprendre que l’enfer est pavé de bonnes intentions et songer à revendiquer d’eux même une place nettement plus modeste voire (rêvons un peu) à mettre fin à l’aventure Wikipédia.

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